L’image de la femme amputée en mouvance : Icônes contemporaines Part. 1

Souvent après une amputation, dûe aux séquelles d’une maladie ou à un accident, brutale ou prévue, survient toujours une réaction commune à beaucoup de patients : une perte des repères identitaires. Cette reconstruction identitaire ou plutôt cette construction identitaire avec ce nouveau corps, a tendance à être plus difficile chez la femme amputée. Souvent marquée par les diktats sociétaux plus ou moins violents et une pression sociale appuyée non pas sur ses performances laborales ou ses qualités morales mais aussi et surtout sur un certain degré d’artificialité et donc sur son apparence corporelle et physique, elle supporte un regard de l’autre souvent néfaste et pesant, handicapant son travail sur soi. L’image d’elle renvoyée par les autres entre violemment en contradiction avec son propre travail de reconstruction et de deuil du membre perdu. De là est plus difficile pour les femmes amputées de ne pas sentir le poids du jugement au quotidien, notamment sur leur  propre conception de leur féminité qu’elles ont du mal à « revêtir » avec un appareillage lambda.

Pour U-exist, chaque personne revêt une qualité particulière qu’il est important de souligner et mettre en valeur. Et pour ce nouveau projet, la marque s’attaque au tabou des Femmes dans le handicap, avec des surprises en court d’année. Cette série d’articles intitulée L’Image de la Femme Amputée en Mouvance aura donc pour vocation de montrer à travers des témoignages et des recherches comment une femme appareillée peut jouer de sa différence afin de se reconstruire, s’accepter et se valoriser.

Aujourd’hui, nous traiterons de deux femmes amputées devenues des icônes contemporaines dans leurs domaines respectifs : Aimee Mullins, la pionnière & Lauren Wasser, la militante.

Aimee Mullins, du sport au podium : la pionnière

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Aimee Mullins par Nick Knight pour Alexander McQueen

La reconstruction identitaire et la réapropriation du corps après une amputation passe souvent par le sport, et qui ne connait pas les lames de carbones sur lesquelles courent les athlètes handisport? Saviez-vous qu’Aimee Mullins en est en grande partie responsable?

Aimee Mullins est de loin la femme amputée la plus popularisée de ces dernières années de par son entrée fracassante dans  le milieu artistique underground et ses talents philanthropes et technologiques. D’athlète, elle est devenue mannequin et actrice,  défilant pour Alexander McQueen avec des prothèses boisées et taillées sur mesure ou figurant dans les oeuvres les plus originales des grands artistes de notre époque, Nick Knight & Matthew Barney en tête. De conférences TED en shootings pour les plus grands magazines de mode, I.D. & Dazed en prime, elle fut la première à véhiculer une image forte de la femme appareillée, assumant ses prothèses et poussant l’innovation au point d’être l’un des moteurs de la création de ces prothèses à lame, utopies il y a encore quelques années.

Maintenant elle possède plus d’un vingtaine de paires, adaptées à ses activités sportives comme au simple port de talons, mais aussi stylisées en plexi transparent. D’Aimee, U-exist retient cette femme qui s’émerveille à s’imaginer avoir des jambes qui volent lorsqu’elle organise des campagnes de sensibilisation dans les écoles, qui s’est retrouvée propulsée sur le devant de la scène en restant elle-même, forte, créative, humaine et innovante.

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Aimee Mullins par Howard Schatz

Lauren Wasser, du mannequinat à la cause sociale

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Lauren Wasser photographié par Jennifer Rovero, Capture d’écran Instagram

Cette mannequin & basketteuse de 28 ans oeuvre depuis quelques années dans le domaine de la sensibilisation féminine et lutte contre les lobbies industriels qui utilisent dans leurs produits d’hygiène intime des composants favorisant le développement de la toxine TSST-1. En 2012, suite au port prolongé d’un tampon ayant favorisé le développement de la bactérie, Lauren souffre d’un syndrome du choc toxique (SCT). Quelques heures après s’être évanouie dans sa chambre fiévreuse et avoir été conduite à l’hôpital, les médecins se voient dans l’obligation de lui amputer sa jambe droite. Son autre jambe est touchée mais Lauren lutte et refuse de perdre ses deux pieds. Elle n’a plus d’orteils et des douleurs terribles mais elle assume.

Passant de « It-girl » à jeune amputée, Lauren vit très mal la transition. Elle se confie dans un interview pour Vice :

« Je voulais me suicider en rentrant à la maison. J’étais cette fille – et puis tout d’un coup je n’ai plus de jambes, je suis en fauteuil, j’ai la moitié d’un pied, je ne peux même pas marcher pour aller aux toilettes. Je suis dans un lit, je ne peux pas bouger, et j’ai l’impression que ces quatre murs sont une prison. » 

La jeune fille se cache alors pendant plusieurs années, ne répondant pas au téléphone. L’image d’une jeune fille sportive, son statut de mannequin, elle ne les reconnaissait plus. C’est ensemble avec sa petite amie, Jennifer Rovero, photographe qui prend des centaines de photos de son rétablissement que Lauren prend conscience de sa nouvelle identité, comme une thérapie. « Ça m’a pris du temps de comprendre que je valais toujours la peine, que j’étais toujours jolie. »

Depuis avec Jennifer, elles oeuvrent à sensibiliser et éduquer les jeunes filles au SCT, à travers des shootings où se chevauchent esthétique & mode et où souvent la « petite jambe » et le « petit pied » de Lauren comme elle les appelle affectueusement s’effacent pour ne laisser que la beauté générale de cette jeune fille en pleine réapropriation d’identité.

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Lauren Wasser by Jennifer Rovero

Ces portraits inspirants ne sont que le début de la série La Femme Amputée en Mouvance, mise en lumière d’actrices du monde du handicap, reconnues ou femmes du quotidien, dans toute la splendeur que chaque personne incarne, peu importe leurs différences.

Passez une bonne soirée,
L’équipe Uexist



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